La lettre de mon Jardin n°104
Avril 2015

Le jardin s'ébroue sous le bruine ...Le printemps girondin est doux mais humide, cette année,  et nous avons connu assez peu de belles journées ensoleillées : jusqu'ici il n'a été  possible  de manger sur la terrasse que deux fois , et une seule fois avons-nous pu aller sur le bassin (entendez aller au bassin d'Arcachon) pour admirer les mimosas fleuris, au prix d'embouteillages impressionnants!

Du coup tout s'est remis en latence dans mon jardin! Seules les jacinthes bleues apportent de discrètes touches de couleur, accompagnées de quelques superbes iris violets. Cette magnifique fleur me rappelle chaque année que c'est bien elle, et non la fleur de lys, comme on le croit à tort, qui figure sur les armes du Roi de France, dans sa version blanc pur. Il suffit de regarder les images des livres d'histoire. 
Contre un vieux mur exposé au sud, quelques arbustes font de la figuration, les camellias rouges sang et le forsythia jaune d'or. Quand aux bananiers qui avaient commencé audacieusement sous les premiers soleils de Mars  à pousser les hampes vertes qui vont s'ouvrir en palmes élégantes, ils ont vite  calmé leurs envies, et tout arrêté, en attendant des jours meilleurs!


Semaine des Primeurs 2014

Nous dégustons depuis plusieurs semaines, mais la semaine du  "marathon des Primeurs" a commencé samedi dernier. On attend au moins 5000 participants extérieurs qui ont réservé leurs hôtels et leurs rendez-vous. A priori  le monde du vin semble avoir de nouveau un grand intérêt pour cette année, après des campagnes 2011 à 2013 en demi-teinte, bien qu'il y ait eu de très jolis vins dans ces derniers millésimes , notamment en 2012, année que l'on redécouvre maintenant qu'elle est livrable, et qui se confirme souvent délicieuse.

Dans un premier cru classé où je dégustais cette semaine, le propriétaire m'a confirmé avoir dès maintenant deux fois plus de rendez-vous avec des dégustateurs du monde entier pour goûter les 2014 que l'an dernier pendant toute la campagne.


Une époque se termine?

Cette  campagne 2014 est aussi la première qui ne sera pas soumise à la dictature des "notes Parker"! Au grand dam de nombreux marchands et courtiers qui avaient pris l'habitude de se référer exclusivement aux fameuses notes sur 100, au lieu d'avoir un avis personnel, établi sur leur dégustation.

On pense dans le vignoble, ici ou là, (et surtout on ose en parler!) que la fin des notes du gourou américain incitera peut-être les châteaux à revenir vers un style de vins de Bordeaux plus atlantiques, plus frais, moins riches en degré, moins puissants, moins marqués par un boisé très grillé...

 L'avenir nous le dira! 

 

Sauternes et Barsac 2014
Commentaire publié le 12 mars 2015 par les Crus Classés de Sauternes suite à leur dégustation des 2014 : 
«  Un grand millésime, vif, pur, précis, marque´ par de très beaux équilibres, une puissance maîtrisée et une rare homogénéité. Sous son caractère spontané´, fringant, plein d’allant, le 2014 dévoile une puissance et une complexité´, d’une rare élégance et sera un millésime de grande garde
 
»  
Si avec ça on n’en vend pas des tonneaux...


Robert Parker Junior  
Bien qu’ayant annoncé prendre sa retraite cette année, (il ne goûtera pas les Bordeaux 2014) le célèbre dégustateur américain Robert Parker Jr. - dont les notes de dégustation nous ont parfois interloqués- devient un partenaire officiel de l'eau minérale Badoit (groupe Danone). 
Il a déclaré dans un communiqué – je cite- « Cela fait 10 ans que je bois mon vin avec de la Badoit ».
Bon sang mais c’est bien sûr ! Tout s’éclaire ! Ici, en France, habituellement, nous, les  petits dégustateurs  locaux, nous goûtons les vins purs, et non avec de l'eau minérale. 
Ceci explique-t-il cela ?

 



Mais couper son vin d’eau est sans doute à la mode si j’en crois le journal Vitisphère : 
Tempête dans le verre, avec le nouveau cocktail  « So Sauternes » :
Moitié Sauternes, moitié Perrier, un zeste d'agrume et des glaçons : peu l'ont goûté et nombreux semblent déjà dégoutés par cette robe de cocktail iconoclaste. …Certes il y a «dilution, mais qui renforce les arômes et conserve l'ADN du Sauternes. Ce n'est pas une blague, c'est bon ! » insiste Michel Garat, le directeur du château Bastor-Lamontagne*, à l'origine de ce Sauternes à l'eau pétillante. 
Preuve du sérieux de la démarche, la cuvée dédiée à ce cocktail est produite avec les châteaux Guiraud et Rayne Vigneau, sous la marque commune « So Sauternes ». Et cette cuvée « a du sens techniquement, c'est une gamme pour ne pas miser que sur les dernières tries. Ici on est au stade pourri plein, avec un style allégé sur la tension. Et on retrouve avec le cocktail l'effervescence qui plait au grand public lors des visites de nos chais» se défend Michel Garat.
Le blogueur Nicolas de Rouyn (Bettane et Desseauve) s'est étouffé d'avance à « l'idée monstrueuse de mettre du Perrier dans mon Sauternes ». Disposé « à prendre des baffes », Michel Garat soutient mordicus que dans ce cocktail (et cette bouteille à vis) il s'agit bien de Sauternes : « on ne va pas à l'encontre du terroir, on offre de nouvelles possibilités de consommation. Si l'on ne veut pas disparaître, il faut donner d'autres facettes à interpréter ! »

Car dans l'immédiat, le vin de Sauternes reste victime d'une inexorable force centrifuge, qui l'évacue à la fin du repas, quand ce n'est pas aux réveillons de fin d'année. Il est souvent relégué au rang de vin de dessert.  Mais  pourquoi rajouter du sucre au sucre ?

* Le château Bastor-Lamontagne, avec Beauregard (Pomerol), Saint Robert (Graves) et Pavillon Bel-Air (Lalande de Pomerol), a été vendu l'an dernier par le groupe Banque Populaire Caisse d'Epargne aux familles Moulin (groupe Galeries Lafayette) et Cathiard (château Smith Haut Lafitte, Caudalie...). 
Par ailleurs  le Grand Cru Classé de St Emilion Ch. La Clotte a été racheté par la famille Vauthier (Ausone)

 

Tim Atkins journaliste et dégustateur anglais,
 
Critique la semaine des Primeurs dans sa chronique du 9 mars
, « Les vins sont peut-être représentatifs de ce qu’il y a dans les caves du château en avril – écrit-il - bien que l’on puisse concevoir que cela serait un suicide financier de faire goûter les barriques les plus tanniques – mais ils n’ont que peu à voir avec ce que l’on goûte en bouteilles des années plus tard ».
C’est bien pourquoi la dégustation des primeurs, pour être parfaitement honnête et utile  ne peut  être faite que par des pros de l’exercice, expérimentés… et indépendants des châteaux !  D’où notre inquiétude de voir la « Semaine des Primeurs » ouverte sur invitationau grand public, ce qui pourrait bien être contre- productif!
.

Rosés et Clairets de Bordeaux  
Avec 258 000 hectolitres de Bordeaux rosés produits en 2014 (soit une hausse de 39%), c'est un record historique qu'établit le vignoble girondin. D’autant que la production globale des  Bordeaux 2014 est restée faible : environ 2,9 millions hl ( soit 37 % de plus que la très petite vendange 2013), « la récolte 2014 est calée sur 2012. Ce n'est pas une surprise, elle est plutôt faible (la moyenne décennale est de 3,15 millions hl) » résume Florian Reyne (délégué général de Planète Bordeaux). Ce bond de la catégorie rosé confirme la tendance de spécialisation du vignoble bordelais, qui avait déjà fait le choix en 2013 de « sacrifier des parcelles de rouges pour faire du rosé et assurer le suivi des marchés »).  


 

Le Salé, le Sucré 
Le Syndicat de défense de l'appellation (SDAOC) et le négoce local proposent de modifier l’encépagement de l’AOC Muscadet en permettant l’utilisation du cépage Colombard, en plus du cépage unique « Melon de Bourgogne » seul autorisé jusqu’ici depuis 1937. 
Se déclenche ainsi une nouvelle guerre des anciens des modernes : les vignerons qui tiennent à garder leur typicité (du style salé), alors que le négoce veut s’adapter à la demande commerciale (et donc sucré.) 
Le Journal « Le Parisien » rapporte la déclaration de  Jo Landron, grande figure du muscadet qui exporte 50 % de ses vins bio vers le Japon et les Etats-Unis: « Cette histoire de colombard, c'est une peau de banane pour nous faire déraper» assure-t-il. « Nous, vignerons, tentons de tirer notre vin vers le haut avec une véritable identité, une qualité reconnue. Le négoce veut un vin plus sucré, plus aromatique, qui est à la mode. Qu'ils n'appellent pas ça Muscadet. Parce que ça existe déjà, et que ça s'appelle le Tariquet ! » 
Pierre-Jean Sauvion, viticulteur et négociant est à titre personnel favorable au bi-cépage : « Nous commercialisons peu de muscadet générique » explique-t-il « Ne rien faire sur l'AOC muscadet, c'est reculer ! Mettre 10 à 15 % de colombard, ce n'est pas vendre son âme au diable, c'est accepter d'évoluer. »
On a déjà vu par le passé, et dans d’autres vignobles, ce genre de conflit, qui a rarement été gagné par les tenants de l’encépagement traditionnel contre ceux de l'élargissement.

Et pourtant le Muscadet, avec son cépage unique, son style très particulier, peut être souvent l’un des très grands blancs de France

Bordeaux millésimes anciens!
 
Cette semaine nous avons été invités à Saint Emilion par François Despagne à découvrir son Grand Corbin Despagne Primeurs  2014, (délicieux, je vous en reparlerai avec les dégustations Primeurs).
Au déjeuner qui a suivi cette dégustation,  la propriété  a proposé , généreusement, des millésimes en « 5 ».

.2005 : magnifique, complet, et qui commence à s’ouvrir, une très grande bouteille proche de la perfection. 
1975 : encore étonnant de fraîcheur pour ses 40 ans, robe tuilés, nez  ouvert, arômes tertiaires, en bouche on retrouve en finale la caractéristique du millésime, typique dès le premier jour, des tanins un peu raides, bien qu’arrondis, dans un ensemble aromatique délicat.
1965 : soixante ans et pas une ride !  Bouteilles d’origine et bouchons d’origine ! La preuve, encore une fois, de la faculté merveilleuse de ces grands Bordeaux à vieillir harmonieusement.  Une finale dans laquelle le fruit resté frais, confituré,  se conjugue avec des notes havane, chocolat, moka,   et il en a encore sous la semelle ! 
1955 : J’ai par ailleurs bu en 2014 avec des amis une bouteille de 1955 de ce château, merveilleuse d'équilibre, sans y déceler la moindre défaillance.  Quand je vous dis qu'on boit ces grands Bordeaux toujours trop jeunes! 
Il m'est agréable de garder une faculté d’émerveillement et, ma foi, à mon âge, je ne m’en prive pas ! 
                                                                                                                                                            Jean Christophe Estève 

Pour faire référence à une vieille sagesse :

« La nuit n’est peut-être que la paupière du jour »
«  Le véritable bonheur c’est une rose, deux pains de froment, trois amis, quatre chansons, et cinq flacons de vin »
[Citations  d’Omar Khayyâm poète et philosophe persan du XI ème siècle]

 

 

 

 

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